Divines ParolesD'après Divinas Palabras, un "esperpento" de Don Ramón del Valle-Inclán
Mise en scène: Roberto Salomon
Don Ramón del Valle-Inclán
Sauvage critique de sa société et de son temps, Valle-Inclán (1866-1936), veut raconter des histoires de survie, fourberie, pauvreté d’âme et d’égoïsme dans lesquelles tout un chacun pourra se reconnaître. Pour ce faire, il invente une forme, un style, qu’il appelle «esperpento », dont la traduction la plus proche – mais il manque une nuance – serait « épouvante ».
S’inspirant de Goya, (surtout des Caprichos), Valle-Inclán prône un théâtre qui, comme l’exige Shakespeare, « hold a mirror to nature ». Mais Valle-Inclán propose un miroir déformant, comme ceux des fêtes foraines. Au naturalisme en vogue de son époque, il oppose l’excès de jeu, de diction, de propos et d’émotion. Par sa déformation outrée, exacerbée et monstrueuse de la réalité, l’ «esperpento » de Valle-Inclán se caractérise par l’originalité de son propos, ses situations aux débordements inespérés et la vitalité débordante de ses personnages aux motivations monstrueuses.
Valle-Inclán, partisan d’un théâtre à la scène multiple, influencé par le cinéma, au mépris des goûts convenus du public ou de tout conformisme, a créé une œuvre dramatique puissante et très originale qui annonce les recherches d’avant-garde les plus neuves.
Divines Paroles fut écrite en 1920.
Divines Paroles
La trame de Divines Paroles se tisse autour d’un dilemme salomonique : qui héritera de l’idiot du village? Tous, apparemment, veulent se « sacrifier » pour lui. En fait, chacun voit la possibilité de l’utiliser pour s’enrichir. En démontant chaque personnage, Valle-Inclán révèle des êtres aux ambitions profondément égoïstes. Les personnages de Valle-Inclán, investis dans leur course effrénée, sont toujours à la limite de la crédibilité. Le spectateur crée volontiers une distance à leur égard. Pourtant, les essais frustrés des personnages pour atteindre la beauté et le bien-être touchent, car il s’agit bien d’êtres réels, humains.
Voilà des années que Juana-la-Reina pousse le chariot de son fils, Lauréano l’idiot. De foire en foire, la pitié qu’elle suscite lui permet de ramasser l’argent nécessaire à sa survie. Prise d’un malaise, Juana-la-Reina vient mourir sur le parvis de l’église où son frère, Pedro-Gailo, est sacristain. Tous, même la gueuse Gerifalta veulent «se sacrifier » pour le chariot. Dans ce monde misérable, quelle aubaine !
Mari-Gaila est l’épouse de Pedro-Gailo. C’est une femme éprise de liberté qui sent qu’en restant auprès d’un mari lâche et une fille avachie, Simonina, la vie lui passe à côté. Le chariot de l’idiot devient l’opportunité rêvée. Mais les sœurs de Pedro-Gailo, Marica et Benita del Reyno, culs-bénits, contestent le droit consanguin au chariot. Arrive Le Pèlerin, il tranche : le droit au chariot sera partagé.
Intervient Séptimo-Miau, sorte de Don Juan de bas étage, anarchiste à ses heures, entouré de sa cour : son ami, le filou Miguelín-el-Padronés et Poca-Pena, femme réduite à l’état de chienne. Séduit par les qualités d’âme et de corps exceptionnelles de Mari-Gaila, Séptimo-Miau décide de devenir l’architecte du destin grandiose qu’il entrevoit pour l’idiot du chariot. Rosa-la-Tátula, entremetteuse, aide Miau à convaincre Mari-Gaila de quitter sa famille et partir courir les chemins, en emportant son gagne-pain, l’idiot.
Les choses tournent mal. Abusé dans la taverne de Ludovina, Laureano, l’idiot du chariot meurt. Mari-Gaila le rend à ses belles-sœurs. Éternel cycle de vengeance.
Tout finira, lorsque, surprenant Mari-Gaila en flagrant délit d’adultère, la population indignée, la ramène au village. Pedro-Gailo, en voyant sa femme, telle une Marie-Madeleine sans défense devant la foule, tente un ridicule retour au religieux en murmurant les divines paroles du pardon, en latin.
Divines Paroles par ordre d'entrée en scène: